Nintendo 3DS: success story annoncée
Ecrit par Philid | Actu, Business, E3, Nintendo, Wii

Si je ne suis pas revenu sur l’événement majeur du mois de Juin à savoir l’E3, tant le net regorge déjà d’analyses extrêmement intéressantes sur le sujet, les propos récemment tenus par Ian Curran, vice président monde de THQ lors d’une interview donnée au site CVG me donnent l’occasion de revenir sur ce qui me semble être le dernier coup de génie de Nintendo.
Ce qui m’excite encore plus (que la 3D), c’est qu’on trouve dans cet appareil des technologies qui combattent vraiment le piratage … Ils savent que ça leur a fait du mal au niveau mondial et croient que la 3DS a la technologie pour arrêter ça.
A plusieurs reprises, j’ai pesté contre la Wii, son orientation, son manque de jeux, ses lacunes techniques qui commencent sincèrement à peser lourd 4 ans après l’avènement de la HD sur consoles de salon. Si économiquement et même socialement, la réussite de Nintendo est indéniable, je reste admiratif devant la capacité du constructeur à se remettre en question, à analyser ses propres erreurs et cerise sur le gâteau, à conserver quelques années d’avance sur ses concurrents directs. Toujours pas annoncée, on prédit déjà un destin funeste à la PSP2.
Pour en revenir à la 3DS, incontestable centre d’intérêt de cet E3, elle est sur le papier et à mes yeux, la démonstration d’un pragmatisme économique et stratégique unique sur le marché. Ainsi, si l’on en retient la 3D relief et la présence remarquée de jeux très typés gamer, c’est dans sa globalité, dans son positionnement et ses promesses que la 3DS est un produit fascinant. Capable à n’en pas douter de provoquer un buzz monstrueux avant même sa sortie, la console a peut être de quoi réconcilier les joueur et par-dessus tout les développeurs/éditeurs avec la marque.
DS, Eldorado d’un temps
En effet, on évoque régulièrement un désamour des joueurs envers Nintendo, jugeant le tournant casual amorcé par le constructeur trop brutal et se faisant au détriment d’autres types de contenu. Pourtant, à y regarder de plus près, Nintendo n’a cessé d’abreuver sa console en jeux gamers de qualités, quand ils ne sont pas à classer directement parmi les classiques du jeu vidéo. Mario version plateforme, Mario façon RPG, Zelda, Kirby, Professeur Layton et en ligne de mire Golden Sun : le joueur a de quoi s’y retrouver, à tel point qu’on réalise que la DS avait en fait tout pour conquérir le cœur des joueurs. Abreuvée de jeux majeurs par le constructeur mais séduisant aussi de nombreux studios, la console semble pourtant avoir clairement décliné au fil des mois, les sortis se faisant plus rares, l’image d’une console abusant de titres moyens prenant le pas sur un catalogue pourtant excellent. On peut alors facilement expliquer les dérives qui ont conduit la console à épouser des tendances similaires à la Wii, considérées par beaucoup et à tord comme une console vide d’intérêt. Le piratage occupe à mon sens une place de choix sur le banc des accusés.
Le piratage m’a tuer
Rapidement accessible, le piratage a participé en grande partie au déclin de la console, tout en la consacrant un peu plus. C’est possible. Ainsi, parallèlement à la démocratisation des R4 et autres cartes permettant à tout un chacun de transformer sa console en un réservoir sans fin à jeux, la console a logiquement vu ses ventes exploser, le combo DS+R4 étant très certainement l’un des indispensable des derniers Noël. L’arbre fleuri qui cache la forêt moisie. Ainsi, les gamers exigeants étant les premiers à profiter de ce type de système désertent les étalages, offrant à des jeux pourtant excellents et pensés pour eux des scores de ventes faméliques, sonnant alors l’arrêt net d’une certaine forme de jeux gamers, ceux des éditeurs tiers. Alors que Nintendo a toujours réussi à écouler avec succès ses jeux à renfort de campagnes de communication tonitruantes, les éditeurs tout comme les développeurs ont rapidement déchanté, comprenant que le cercle vicieux entamé n’allait sûrement jamais prendre fin. Les licences Nintendo trustant l’actualité, les sorties gamers voyant leur rythme drastiquement réduit et les titres casuals moyens voir daubesques se multipliant, la DS et toutes les promesses qu’elle embarquait avec elle prend finalement un peu l’eau. Il aura fallu une conférence et quelques heures à la marque, pour passer du tout au tout.
La même en mieux ?
La 3DS sonne à mes yeux comme une redite de sa grande sœur, les errances en moins, le tout aboutissant à une promesse particulièrement existante à tous les niveaux. Ce qu’il y a de remarquable ici, c’est que malgré le succès qu’à connu Nintendo au cours des dernières année, le constructeur a indéniablement su garder la tête froide et semble parfaitement conscient de ce qu’il a pu manquer à sa génération actuelle de machines pour être des réussites totales. Le positionnement de la 3DS est stratégiquement épatant, et laisse déjà entrevoir un avenir au moins aussi radieux pour la console que ce qu’à connu la DS et ses millions de consoles écoulées chaque mois.
Machine à buzz
Nintendo a parfaitement assimilé le besoin qu’ils avaient de ne pas se mettre à dos les éditeurs, tant il paraît difficile sur le long terme de n’être que le seul et unique fournisseur de jeux de sa propre plateforme. Il en va de l’image de marque, de la qualité de l’offre et donc du succès de la machine. A ceux qui se sont cassés les dents sur la DS, Nintendo propose alors une console au potentiel de vente parfaitement similaire, ayant su se réapproprier une tendance technologique capable d’agir comme un moteur terriblement puissant, répondant avant tout le monde à l’envie évidente du public de profiter de la 3D chez soi et qui plus est sans lunette. Si la promesse qui avait été faite avec la Wii et que l’on a eu du mal à voir se concrétiser, la faute à un périphérique perfectible à de nombreux niveau, a contribué à l’image parfois négative des joueurs, Nintendo réussi ici un premier pari, celui de promettre sur le papier, une feature aux allures de science-fiction, et de la traduire par des faits, le tout accompagné du « wow effect » de rigueur. Cet E3 laisse ainsi présager du raz-de-marée médiatique qui devrait accompagner la 3DS à sa sortie, le service communication de Nintendo ayant su faire ses preuves lorsqu’il s’agit de faire d’un hardware un succès dès son day 1.
On peut pirater une fois mille DS, mais pas pirates mille fois…
Les éditeurs/développeurs ont donc dans l’idée tout intérêt à être présent sur 3DS le plus rapidement possible. Pour s’assurer de la pérennité de cette nouvelle entente, Nintendo semble soigner chaque détail et apporter toujours plus de garantie. Cet article avait pour point de départ, les déclarations concernant la supposée « impressionnante » protection offerte par la 3DS. Alors que le duo Wii/DS est entre autre célèbre de par la simplicité avec laquelle il est possible de contourner leur protection, la PS3 a de son côté démontré qu’il était aujourd’hui possible de lutter efficacement contre le piratage, la machine de Sony restant encore aujourd’hui inviolée quelques 3 ans après sa sortie. Si on attendra de voir dans les faits quelle est la réponse de Nintendo face au problème, nul doute que le sujet est cœur des préoccupations des ingénieurs maison. L’enjeu est tout simplement énorme, tant il peu précipiter la console en cas de faille et lui faire épouser le succès dans l’autre. Succès peut être moins fulgurant mais au combien plus sain et au final plus rentable à tous les niveaux. En verrouillant son hardware, Nintendo donne alors sa chance à quiconque souhaiterais tenter l’aventure 3DS sans se faire méchamment pirater la gueule avant même la sortie en boutique de leurs jeux. Et ce n’est toujours pas tout.
Pragmatisme technique
En effet, alors que la console accumule les qualités et apparaît donc comme celle qui devrait attirer toutes les convoitises d’ici quelques mois, Nintendo ne fait décidément jamais les choses à moitié. Une autre composante essentielle de sa console réside dans ses capacités graphiques. Alors qu’on annonce une PSP2 surpuissante, Nintendo parvient à proposer une console aux possibilités suffisamment revues à la hausse pour créer un fossé réel entre elle et la DS, et embarque alors de multiples avantages : s’il est logiquement plus onéreux de développer sur 3DS que sur DS, Nintendo ne joue pas sur la démesure, conscient du potentiel marketing déjà énorme de la 3D, la portable se situant en termes de puissance autour d’une Wii et du coup, d’une Playstation 2. On évite donc de devoir tout réapprendre du côté des développeurs, et on s’assure chez Nintendo de leur soutient, aussi bien concernant de grosses productions dont les sorties sont facilitées par des couts de production raisonnables, que concernant de plus petits développeurs capables d’alimenter la console en jeux frais. L’appel du pied est encore plus pertinent puisqu’il offre la possibilité d’adapter un nombre incalculable de jeux dont on ne pensait plus pouvoir sortir un seul euro puisque sortis il y a de trop nombreuses années sur Playstation 2 (à tout hasard MGS 3) ou plus récemment sur Wii. S’il s’agissait à quelques détails près de la promesse de la toute première PSP, la 3DS a ici l’avantage d’être techniquement plus capable et par-dessus tout, d’apporter de facto la profondeur 3D à chacun de ces jeux et donc de ne pas en faire que de simples adaptations. Il faudra tout de même de ce côté-là rester vigilent : c’est au combien intelligent puisqu’ainsi, Nintendo peut déjà imaginer un line-up séduisant sans trop en demander aux développeurs mais la surabondance de ce type de produits pourrait en revanche mettre la console en difficulté, tant la DS a démontré qu’il était important d’adapter les expériences de jeux aux conditions d’utilisation d’une console portable.
Vers l’ouverture
Enfin, un dernier signe fort de l’indéniable clairvoyance stratégique de Nintendo et qui semble marquer un véritable tournant par rapport à l’histoire du constructeur est clairement apparu au cours de la conférence pré E3 de cette cuvée 2010. Alors qu’on s’est rapidement rendu compte que Nintendo possédait déjà de très nombreuses cartes à jouer sur sa machine, de Mario Kart à Animal Crossing et passant par StarFox, seul Kid Iccarus fut présenté lors de la conférence. Ainsi, dès l’ouverture du salon, l’ensemble du catalogue pourtant fourni de Nintendo s’est retrouvé sur un pied d’égalité avec les titres des développeurs tiers, Metal Gear Solid Snake Eater 3D et Resident Evil Revelations étant d’ailleurs mis en avant lors des récentes présentations à la presse de la console. Ainsi, Nintendo sait parfaitement qu’au-delà des problématiques de placement stratégique ou de piratage, leur omniprésence ludique et médiatique n’a laissé que très peu de place à quiconque essayait de grappiller un peu visibilité sur DS et bien entendu aussi sur Wii. Il serait insensé de changer complètement la donne, tant l’accumulation de million sellers signés Nintendo a en grande partie contribué à l’excellente santé financière que connait aujourd’hui le constructeur. D’où la pertinence à toute épreuve de la première liste dévoilée par Nintendo : l’omniprésence de jeux estampillés gamer laisse entrevoir une volonté d’attirer le public vers la console et ainsi démontrer aux éditeurs tiers qu’il est possible d’épouser le succès sur de tels titres, Kid Icarus, PilotWings, Paper Mario et StarFox servant de véritable leviers pour convertir un public aujourd’hui plus familier avec les consoles de salon vers le marché de la portable et ainsi laisser une fenêtre de tir aux éditeurs. Le reste du catalogue suit quelque part la même philosophie cette fois-ci appliquée à un marché plus large : Nintendogs et Animal crossing devraient permettre en un laps de temps réduit d’attirer un public plus casual alors que Mario Kart sera à n’en pas douter, le titre moteur de la 3DS, celui qui lui donnera l’occasion de rapidement décoller. De quoi proposer un parc suffisamment conséquent de machines qui puisse donner aux éditeurs la possibilité de proposer des jeux de tous types potentiellement rentables dès leurs sorties.
Soyons clair, la 3DS reste encore une console dont on ne sait que peu de choses et qui traine avec elle bon nombre de questions dont les réponses pourraient influencer radicalement son avenir. Si on évoque déjà le chiffre de 10% de personnes imperméables à l’effet 3D et que l’abondance de licences relativement prévisibles sur une console technologiquement capable de plus et laissant imaginer un vent de fraîcheur ludique pourraient poser problème, Nintendo vient malgré tout en l’espace de quelques jours de démontrer une puissance stratégique inégalée. A la fois dans sa promesse et dans ce qu’elle a déjà démontré, la 3DS a beaucoup pour elle, suffisamment pour imaginer un nouveau succès pour le constructeur nippon. Elle prouve dans tous les cas et une fois de plus, l’intelligence de ce colosse de l’industrie, fort d’un positionnement terriblement pertinent et laissant entrevoir des lignes directrices plus ou moins avouées mais qui pourraient bien enterrer très rapidement la concurrence, alors même qu’on l’attend encore.
Tags: 3 ds, 3D, 3ds, communication, developpeur, E3, editeur, mario kart, marketing, Nintendo, positionnement, strategie
Un commentaire pour “Nintendo 3DS: success story annoncée”
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Thib :
juillet 14th, 2010 at 13 h 11 minJe dois quand même te contredire un peu quant à la DS, qui, contrairement à la Wii, est une indéniable réussite, et seulement critiquée par des détracteurs de mauvaise foi. Parce que sur DS, la quantité de bons, voire excellents, jeux est ahurissante, et est capable de satisfaire autant les joueurs occasionnels que les plus chevronnés et exigeants.
Je n’ai d’ailleurs jamais eu le temps de jouer à la moitié de tous les jeux me faisant envie sur DS…En tous cas, il est clair que le piratage est pour moi LE grand défi que Nintendo doit relever pour cette nouvelle génération, et j’espère bien pour eux qu’ils y travaillent d’arrache pied, mais je pense bien qu’ils sont conscients de ce défi.
Quoi qu’il en soit, avec cette conférence pré-e3, Nintendo a rappelé à tout le monde qui était le maître, avec la puissance d’un réveil-matin a 6h30 le lendemain d’une soirée arrosée pour ses concurrents. Et surtout a quel point ils savent manier leur entreprise avec intelligence